Par ARIEL ZILBER


durban2La semaine dernière, l’ambassadeur de Syrie aux Etats-Unis était l’invité de l’émission de Fareed Zakaria “GPS” sur CNN pour une interview intitulée “La Syrie s’exprime”.

 

Pour commencer, Zakaria demanda à son invité son avis sur l’élection de Barack Obama et comment cela avait-il été perçu dans son pays. Une gentille question pour se mettre en jambe avant d’aborder les sujets plus sérieux.


Sans surprise, l’ambassadeur, Imad Moustapha, parla du “puissant message” et du “symbole” de la victoire d’Obama, comment l’Amérique s’était rachetée après huit ans de Bushisme, combien il était encouragé par les sous-entendus conciliants de la nouvelle administration, le changement dans les relations avec le monde musulman, bla, bla, bla…

 

Puis, quelque chose a attiré mon attention. Pendant que l’ambassadeur parlait, la chaine a fait passer un bandeau au bas de l’écran précisant que l’ambassadeur d’Israël ne viendrait pas sur le plateau de GPS.

Son absence laissa le champ libre à Moustapha pour se lancer dans une attaque contre Israël dénonçant des « atrocités » commises à Gaza et en Cisjordanie, tout en dénonçant « le pouvoir omniprésent des lobbies pro-israéliens à Washington ». Comme un sniper faisant du tir au pigeon, les attaques de Moustapha restèrent sans réponses.

Bien sûr, il y a des tas de circonstances atténuantes qui pourraient justifier la dernière négligence d’Israël à l’égard de ses relations publiques. Certes, cette semaine là avait lieu la pâque juive. Oui, c’est arrivé au beau milieu d’une période de transition avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement, dès lors peut être que l’ambassadeur ou n’importe lequel de ses conseillers étaient dans l’incapacité ou peu disposé à s’exprimer au nom d’un régime qui n’a pas répondu favorablement à leurs demandes d’affectation en premier lieu.

Pourtant, négliger la présence d’un porte-parole pour représenter les positions d’Israël en dit long sur l’importance que ce pays accorde aux relations publiques. Depuis des années déjà, le corps diplomatique israélien s’est laissé désespérément dépasser par ses opposants arabes. Maintenant, la même erreur se répète à Genève où se déroule la conférence de l’ONU Durban II contre le racisme.


Que ce soit sur le plateau de GPS ou à Genève, l’aiguille sur la boussole diplomatique d’Israël semble éternellement bloquée dans la mauvaise direction. Au lieu de faire preuve de courage et de détermination en empêchant une voix unique de submerger le débat à Genève, Israël a reculé, comme si il n’y avait aucune réponse valable au venin de ceux qui incitent à la haine.


Israël est une puissance économique et militaire avec une armée de l’air sans pareil, une industrie du high-tech florissante, une vie nocturne bouillonnante, un enseignement de niveau international et une joie de vive orientale qui transmet une énergie inégalée dans les sociétés européenne et américaine.

Avec toutes les qualités dont nous nous enorgueillissons, avec tout ce que notre vigoureuse société peut offrir au monde, il est déconcertant de voir que notre gouvernement soit si effrayé par une poignée de lemmings acariâtres qui cherchent à prendre en otage le programme d’une conférence contre le racisme.

Dans un pays qui est si fier de pouvoir compter sur sa finesse d’esprit et sa créativité pour vaincre les difficultés, il est ahurissant de constater que nous choisissons de jouer les malheureuses victimes à chaque fois qu’un minuscule bigot – qui n’a même pas le dernier mot sur les affaires de son pays, malgré son titre – ouvre la bouche. Ou encore quand il rencontre le président de Suisse, (Réfléchissez vite : vous avez cinq secondes pour trouver le nom du président suisse).

Durban II pourrait très vite devenir un rassemblement contre Israël. Les images d’enfants ensanglantés de Gaza seront probablement portées en tête de cortège par ceux qui se disent les « champions de la cause palestinienne ». Pourtant la foule des enragés ne devrait pas être notre cible. Son avis est déjà arrêté, et nous devront simplement nous accorder à ne pas être d’accord avec elle.

Les efforts d’Israël devraient se fixer sur l’énorme quantité des indécis et des profanes, ceux qui ne sont pas encore initiés aux mots récurrents du lexique dominant – « occupation », « terrorisme », « apartheid », « colonies », « dissuasion » – ceux qui auront bientôt le droit de voter aux élections européennes, ceux qui bientôt liront un éditorial ou visiteront un blog pour la première fois.

Ils sont les voix qui détermineront au bout du compte la nature des relations entre Israël et le reste du monde. Ils sont les soldats de la rue qui composent les rangs de la « majorité silencieuse », des gens qui ont encore besoin d’être convaincus pour battre le pavé et revêtir un keffieh tout en agitant des pancartes qui vomissent « SIONISME = RACISME ».

Et comment notre ministère des affaires étrangères compte t-il atteindre la tête et le cœur de ces personnes ? En fuyant tout simplement. En laissant les abrutis occuper la scène tout entière. Nous, nous resterons bien au chaud dans notre bunker psychologique, parce que bon, l’indignation bien pensante a toujours été notre modèle de résistance se disent-ils.

Et quand nous serons amenés à expliquer nos actions, nous n’avons qu’à évacuer les questions avec nos répliques habituelles – « Nous avons vécu la Shoah » et « Si vous critiquez Israël, vous êtes antisémite ». Hasbara 101.

Israël aurait dû envoyer une délégation à Genève non pas pour honorer la tenue de propos diffamatoires, mais pour présenter les dimensions complexes de notre vaste (et imparfaite) société. Si un européen qui n’a jamais prêté attention au Moyen-Orient revient de Genève avec l’impression négative que notre état est « raciste » et pratique « l’apartheid », comment pouvons nous lui en vouloir si nous avons au préalable abandonné le terrain aux grandes gueules ?

Nous devrions plutôt dire à cette personne, « Oui nous avons un formidable désaccord avec les palestiniens, et les raisons de ce désaccord sont complexes et nombreuses, mais saviez-vous que les Palestiniens peuvent adresser un recours à la court suprême contre les actions du gouvernement dans les territoires ? Et que cette même Court a souvent annulé des décisions israéliennes au profit des palestiniens.

Tout à coup, l’entière complexité du débat change, et le sujet passe de « l’apartheid » et « l’occupation » à la court suprême et au système juridique israélien, considéré comme un des plus avancés et sophistiqués dans le monde occidental. Voilà qu’un nouveau monde peut être désenclavé en deux phrases. C’est aussi simple qu’efficace. Et tout ceci peut être fait sans cris ni hurlements.

Si ce pays avait envisagé les relations publiques avec la même férocité qu’elle déploie quand elle envoie des bulldozers sur des maisons palestiniennes ; si nos diplomates pouvaient recadrer leurs arguments avec la même précision que nos drones lorsqu’ils dirigent leurs attaques, peut être que nous ne serions pas dans cette pagaille. Durban II aurait été une promenade de santé et Ahmadinejad aurait été remis à sa place, qui n’est rien d’autre que celle d’un agitateur.

 

Traduit de l’anglais par Jonathan

Sources : www.haaretz.com

 

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