Par AATIF AHMAD et ALEX STEIN 

510px-kashmir_map1Quand nous parlons à des gens du Jewish-Kashmiri Dialogue Group (JKDG), les réactions sont souvent perplexes. « Il y a des Juifs au Cachemire ?!? ». Ou bien, « C’est où le Cachemire ? » Au mieux, ils nous demandent « De quoi un groupe Judéo-Cachemiri peut-il bien parler? » La réponse est simple: beaucoup de choses. Un de nous deux, Alex Stein – un israélien – a voyagé au Cachemire après son service militaire au cours de vacances en Inde. Là-bas, il écrivit un article à propos de la lutte du Cachemire pour son indépendance vis-à-vis de l’Inde sur le site internet du Guardian attirant l’attention de certains locaux encouragés par les soutiens étrangers dans leur action. Cela incita Alex à établir des liens entre Cachemiris et Juifs de Diaspora. 

Le Cachemire, au nord ouest du sous-continent indien, est le lieu d’un melting-pot depuis des millénaires. Culturellement et ethniquement, il est un mélange de l’ancienne civilisation Perse, de l’Asie centrale et de la civilisation indienne. Le Cachemire fut un royaume indépendant pendant la plus grande partie de son histoire ; de 1845 à 1947, il était gouverné par un maharaja (roi) sous protectorat britannique. Après le départ des britanniques d’Inde en 1947, un conflit a opposé l’Inde au Pakistan pour prendre le contrôle de la région. A la suite d’une guerre entre ces deux pays nouvellement indépendants, les deux tiers de la région entrèrent sous administration indienne, le reste allant au Pakistan.

La fondation du JKDG commença en novembre 2008, après les monstrueux attentats de Mumbai, dont l’une des cibles fut le Chabad House [centre Loubavitch, NDT]. Après avoir écrit un article sur le sujet, Alex fut contacté par Aatif Ahmad, un avocat Cachemiri basé à Londres, qui lui fit part de son opinion: “Les Cachemiris sont horrifiés par les attaques menées contre les Juifs… Rien n’est plus contraire aux valeurs culturelles Cachemiris et à sa tradition de coexistence entre les peuples que les actions haineuses de Mumbai.” Bien que Aatif exprime ses propres opinions, elles sont partagées par de nombreux Cachemiris, et pour cause : dans le monde, aucun originaire du Cachemire n’a jamais commis une attaque du genre de celle de Mumbai.

Alex fut encouragé par cette condamnation sans équivoque des attentats. Notre correspondance continuant, nous avons tous les deux décidé qu’il était important de fonder un groupe de façon formelle qui favoriserait le dialogue entre Juifs et Cachemiris à travers le monde. Le groupe s’est réuni pour la première fois en février à Londres, au Moishe House, un centre communautaire juif spécialisé dans les programmes éducatifs innovants. A cette réunion, nous avons expliqué les traditions de chacun et discuté de l’histoire juive et cachemirie ainsi que de la situation actuelle au moyen orient et au Cachemire. La rencontre fut stimulante et enrichissante, chacune des deux parties a beaucoup appris l’une de l’autre.

Notre groupe prévoit des rencontres deux fois par an à Londres, et vise à mieux faire connaitre les problématiques liées au Cachemire au sein du monde juif. Chemin faisant, nous souhaitons également fournir des services aux juifs et aux israéliens qui voyagent au Cachemire, comme des logements chez l’habitant et des visites du patrimoine cachemiri.

Comme l’écrit Aatif, les Juifs ont toujours été les bienvenus au Cachemire. Les israéliens ont pendant de nombreuses années constitués la majorité des touristes étrangers. Contrairement à de nombreux pays musulmans où les Juifs sont confrontés à l’hostilité, ils ont toujours été accueillis avec tolérance et hospitalité au Cachemire. En fait, en 1991, quand des Juifs ont été pris en otage par des militants islamistes au Cachemire, c’est un groupe local – le Jammu Kashmir Liberation Front (ou JKLF, qui supporte l’indépendance du Cachemire) – qui se porta à leur secours.

La beauté légendaire des paysages du Cachemire et sa relative proximité offrent aux israéliens l’immense opportunité d’y voyager. Depuis l’incident de 1991, des voyageurs juifs visitent la région et n’ont eu aucun problème. Notre groupe vise à renforcer ces liens, en encourageant des Juifs à visiter la région, et peut-être un jour, amener les cachemiris à voyager en Israël. La commercialisation d’objets d’artisanat et de produits d’exportation gagne aussi à être développée sur le marché israélien.

Il existe une autre dimension à la coopération judéo-cachemirie, provenant des similarités entre les deux cultures et leurs traditions qui laissent penser qu’une des tribus perdues d’Israël a pu s’établir au Cachemire. Alors que les spécialistes doivent encore mettre à jour de solides preuves pour confirmer cette thèse, il n’y a rien de surprenant à envisager d’anciennes connections entre les deux civilisations. Après tout, le Cachemire était sur la route de la soie, et des communautés juives ont prospéré le long de cette voie marchande ainsi qu’en Asie centrale au cours du XXème siècle. Le Cachemire est aussi réputé pour sa culture particulièrement tolérante et la coexistence pacifique de ses nombreuses communautés, désignées par le terme Kashmiriyat (“l’esprit Cachemirie”), qui est au principe même de la nation cachemirie.

Le poète Cachemiri, Mahjoor, a dit: “Les musulmans sont le lait, les hindous sont le sucre”. Alors que le reste du sous-continent indien resta en proie à de violents affrontements entre musulmans et hindous après 1947, le Cachemire fut un des rares endroits où la minorité hindoue était en sécurité. La récente recrudescence du fondamentalisme a menacé les valeurs culturelles de « l’esprit Cachemiri », mais ne l’ont pas détruit, et ses valeurs connaissent actuellement un renouveau. Ce sont ces valeurs qui permettent aux Juifs de se sentir en sécurité au Cachemire.

Naturellement, les droits des Palestiniens et leur lutte pour l’auto-détermination sont chers au cœur des Cachemiris. Cependant, fidèles à leur esprit et à leurs principes, ils pensent que la tolérance et la coexistence, valeurs incarnées par le Kashmiriyat, sont le meilleur moyen de combattre l’injustice et de parvenir à l’indépendance. Le JKDG encourage cette démarche.

Aatif Ahmad est un avocat Cachemiri qui vit à Londres. Alex Stein vit à Tel-Aviv et travaille actuellement à la collecte de fonds. Vous pouvez retrouver son blog à http://falsedichotomies.com. Pour plus d’informations sur le JKDG, envoyez nous un email : alex.stein@talk21.com

 

Source : www.haaretz.com

Traduit de l’anglais par Jonathan

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Une Réponse to “De quoi un groupe Judéo-Cachemiri peut-il bien parler ?”

  1. Danny Says:

    Tout d’abord, j’aime beaucoup votre site qui a un intérêt certain pour tous ceux qui sont intéressés par le développement préoccupant de l’antisémitisme.

    Cependant, dans cet article vous préconisez un règlement de la situation au Cachemire, pensez-vous que c’est là le problème des juifs?

    Pour deux raisons principales je n’adhère pas à cela,
    Dès que les juifs interviennent dans un conflit de manière où ils agissent en tant que communauté, qu’ils aient raison ou tort, cela se retournera contre eux car il y aura forcément des mécontents. Surtout dans ce cas là où l’Inde devient un allié d’Israël, cela ne servirait pas à grand chose.
    Ensuite, cela me fait penser aux bien-pensants s’évertuant à trouver des solutions au conflit proche-oriental, alors qu’ils ne connaissent pas les circonstances, lorsqu’on se intervient dans une situation difficile, il est incompréhensible d’y aller à la légère.

    En tous cas bonne continuation pour le bon travail que vous faites.

Réagissez!


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